Ligue des champions : au PSG, l’art de la dissolution

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Les supporteurs du Paris-Saint-Germain le savent : leur sacerdoce suppose un sens de l’humour aigu. Cela tombe bien, car la présumée malédiction des huitièmes de finale de Ligue des champions ressemble désormais à un gag. Après le mur (jaune), voilà le huis clos – décrété pour le match retour, mercredi 11 mars – et bientôt peut-être, la nausée, si l’on poursuit la relecture sartrienne du double affrontement face au Borussia Dortmund (défaite 2-1 au match aller).

C’est la troisième fois en quatre ans que l’inédit contrecarre les plans parisiens à ce stade de la compétition, après la remontada jamais vue du FC Barcelone en 2017 et l’élimination contre Manchester United en 2019, sur le premier penalty de l’histoire de la Ligue des champions décidé par l’arbitrage vidéo. Personne n’avait vu venir ni l’un ni l’autre, mais c’était encore de l’ordre du football. Avec une épidémie poussant l’industrie du sport à prendre des mesures inédites depuis la seconde guerre mondiale, les scénaristes des malheurs du PSG se sont surpassés.

Bien sûr, un but de retard, ce n’est rien, même sans supporteurs. Mais c’est mars, la Ligue des champions et ses fantômes qui rôdent. Paris n’a pas attendu le coronavirus pour avoir la frousse. A tous points de vue, elle est irrationnelle. L’étude des budgets, des expériences européennes, des qualités individuelles des deux équipes dit que l’une doit vivre l’épreuve comme une mise en jambes, l’autre comme un aboutissement. Au match aller, l’impression fut inverse : une équipe parisienne tétanisée, aspirée par la figure totémique mais anesthésiée de Neymar ; et une formation allemande agressive, joueuse, libérée.

Du fax égaré au carton jaune de Thomas Meunier
Avant même cette décision de la Préfecture de Paris, avant même l’annulation du match contre Strasbourg qui l’a privé d’un dernier match de préparation, le PSG a abordé cette double confrontation contre Dortmund à l’envers. A l’envers, mais dans le droit fil de son histoire, celle d’un club qui a élevé la plantade au rang d’art.

Lorsque l’arrière droit Thomas Meunier s’est, après le huitième de finale aller de Ligue des champions à Dortmund (2-1), étonné d’être suspendu pour le match retour en raison d’un carton jaune, les supporteurs les plus anciens ont haussé les épaules : en 1997, leur club avait fait mieux. Déjà en Ligue des champions, le PSG avait aligné un joueur suspendu pour un tour préliminaire, après avoir égaré durant l’été un fax envoyé par l’UEFA. Défaite sur tapis vert 3-0, et victoire 5-0 au retour contre le Steaua Bucarest, l’un des plus grands matchs de l’histoire européenne du club. Il y a de l’espoir.

Question « de vie ou de mort »
Quand arrivent les huitièmes de finale de Ligue des champions, les psychodrames se ramassent à la pelle porte d’Auteuil : les insultes de Serge Aurier sur Periscope, les convalescences de Neymar au carnaval de Rio, les bouderies de Kylian Mbappé. La presse, accusée de faire le lit des futures éliminations du club, n’a en réalité qu’à se baisser pour trouver des signes de fragilité : tout cela est public. Les fameuses « taupes » du vestiaire parisien, accusées de tous les maux durant l’ère Canal+, sont au chômage technique. Sur le comportement des joueurs, les postures martiales du président Nasser Al-Khelaïfi et de Leonardo, à l’été dernier, semblent s’être dissoutes dans l’ADN du club. Comme si le PSG semblait inexorablement bloqué au premier stade de sa mue en institution respectée.

Le contexte du match retour contre Dortmund est celui-ci : en dépit de ce que veut bien dire Leonardo, une élimination en huitièmes de finale de Ligue des champions est, pour le PSG, bien une question « de vie ou de mort ». Pour son entraîneur, Thomas Tuchel, déjà, qui prendrait très certainement la porte et le chèque qui l’accompagne en cas d’élimination. Pour l’attrait du PSG, qui ne vivra pas éternellement sur les succès de ses collections de streetwear auprès des stars de NBA ou de l’industrie musicale. Pour sa stratégie de faire de Kylian Mbappé la tête de pont des années à venir, alors que le Real Madrid et ses 13 Ligues des champions à la boutonnière grattent à la porte.

Aucun autre gros budget européen ne voit sa saison jugée sur une double confrontation : pour les cadors italiens, allemands, espagnols ou anglais, les titres nationaux ont une valeur que n’a pas le trophée de champion de Ligue 1. Et chaque année qui passe, la charge qui pèse sur les épaules des quelques leaders de l’effectif s’alourdit de dix tonnes.

Dans un entretien très éclairant donné après son départ du club au magazine espagnol Tactical Room, traduit ici par Culture PSG, l’entraîneur Unai Emery (2016-2018) disait ressentir un manque de confiance général chez ses joueurs :

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