Le manque de masques, fléau récurrent des médecins

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« Moi, j’ai eu de la chance, j’en ai commandé en janvier », soupire une médecin spécialiste strasbourgeoise bientôt au bout de son stock de masques chirurgicaux. Parmi les nombreux obstacles auxquels font face les soignants qui luttent contre l’épidémie, le manque chronique de masques de protection, qu’il s’agisse des FFP2 (filtering facepiece, littéralement « pièce faciale filtrante »), plus étanches et destinés à protéger les soignants ; ou des masques plus légers antiprojection ou « chirurgicaux », que les patients devraient dans l’idéal porter dès la salle d’attente pour éviter de contaminer les autres s’ils sont porteurs du virus.

La pandémie de Covid-19 a provoqué une explosion globale de la demande de ces masques, dont la Chine fournissait, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de la moitié de la production mondiale. Baisse de production et explosion de la demande ont provoqué une pénurie, dont l’OMS s’est inquiétée dès la mi-février. Le secteur avait annoncé des hausses de production, mais elles n’ont pas suffi. La pénurie se prolongeant, le gouvernement français a réquisitionné par décret, le 3 mars, tous les stocks de masques détenus par « toute personne morale de droit public ou de droit privé ». Comme l’avait promis le ministre de la santé, Olivier Véran, des stocks ont été envoyés dans toute la France depuis une dizaine de jours. Mais leur nombre est encore très insuffisant, dénoncent de nombreux médecins.

L’heure est à la débrouille
Dans les hôpitaux publics, fournis en priorité, les masques sont relativement disponibles, mais surveillés de près pour éviter les vols et donnés au compte-gouttes aux soignants, selon plusieurs témoignages. « Les hôpitaux sont pour l’instant un peu livrés à eux-mêmes, ça crée des tensions entre les équipes, qui souhaitent se protéger au mieux et protéger les patients, et les directions qui doivent gérer leurs stocks », résume Yasmina Kettal, infirmière en Seine-Saint-Denis. Une situation qui vient ajouter des contraintes à un personnel médical déjà surmené. « Il faut quasiment montrer sa carte d’identité et faire une attestation sur l’honneur pour avoir un masque », plaisante l’infirmière urgentiste. « On n’a clairement pas le temps de courir après du matériel planqué. »

Si la situation est maîtrisée à l’hôpital, la médecine de ville, elle, semble loin d’être correctement équipée. « Les livraisons sont insuffisantes, les médecins n’en ont pas en cabinet, les laboratoires de biologie en manquent », regrette Jean-François Cerfon, anesthésiste à Colmar et président de l’antenne départementale de l’ordre des médecins du Haut-Rhin, département parmi les plus touchés de France. Pour tenter de juguler la pénurie, le ministère a émis une « doctrine d’utilisation », qui, hors secteur hospitalier, réserve les masques FFP2, plus protecteurs, aux médecins, infirmiers et pharmaciens de ville. Dentistes, sages-femmes, préparateurs de pharmacie ou personnels des Ehpad doivent se contenter de masques chirurgicaux, bien moins protecteurs.

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